Tarot de Marseille ou Rider-Waite : quelle différence ?

Tarot de Marseille ou Rider-Waite : quelle différence ?
Cartes et tarots Publié le 13 octobre 2026

La différence tient surtout aux arcanes mineurs : le tarot de Marseille les laisse presque nus, le Rider-Waite illustre chacun d’eux par une scène. Les deux jeux comptent pourtant 78 cartes, avec 22 arcanes majeurs et 56 arcanes mineurs. Ce qui change, c’est l’époque, la façon de dessiner et la manière de lire.

Deux jeux, deux époques, deux origines

Le tarot de Marseille est un jeu de tradition. Il porte le nom de la ville parce que des cartiers marseillais l’ont beaucoup produit aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les noms que l’on cite le plus souvent sont ceux de Jean Dodal, de Nicolas Conver et, plus tard, de la maison Camoin. Les cartes étaient gravées sur bois, puis coloriées au pochoir. Il n’y a pas d’auteur unique. C’est un motif qui s’est transmis et un peu déformé d’atelier en atelier.

Le Rider-Waite, lui, a une date de naissance : 1909. Il est publié à Londres par la maison William Rider & Son. Arthur Edward Waite, érudit et membre de l’ordre de la Golden Dawn, en dirige le contenu. Les dessins sont de Pamela Colman Smith. On parle aujourd’hui de « Rider-Waite-Smith » pour lui rendre sa part, et je trouve ce nom plus juste.

Autre point d’histoire : le Marseille est d’abord un jeu de société. Son usage divinatoire est venu après, à partir du XVIIIe siècle. Le Rider-Waite a été pensé dès le départ pour la lecture symbolique et l’ésotérisme.

Arcanes mineurs : cartes à points ou cartes illustrées

C’est là que tout se joue. Dans un Marseille, le 7 de Coupes montre sept coupes disposées autour d’un motif décoratif. Rien d’autre. Dans un Rider-Waite, le 7 de Coupes est un personnage devant des coupes qui flottent dans des nuages, chacune contenant un objet. La scène suggère déjà un sens : choix, illusion, dispersion.

Le premier demande de lire le nombre, la couleur de la série et la position dans le tirage. Le second offre une histoire visuelle toute faite. Pour un débutant, cette différence pèse lourd.

Tableau comparatif des deux tarots

Critère Tarot de Marseille Rider-Waite-Smith
Date XVIIe-XVIIIe siècles, tradition d’ateliers 1909, Londres
Arcanes mineurs Cartes à points, sans scène Une scène par carte
Séries Bâtons, Coupes, Épées, Deniers Wands, Cups, Swords, Pentacles (Bâtons, Coupes, Épées, Pentacles)
Figures de cour Valet, Cavalier, Reine, Roi Page, Knight, Queen, King
Force et Justice Justice VIII, Force XI Force VIII, Justice XI
Style Aplats de couleurs, traits épais, gravure sur bois Dessin détaillé, décors, symboles ésotériques
Lecture Combinaisons, nombres, intuition Narration, symboles de chaque scène

Les arcanes majeurs : mêmes figures, autres détails

Les 22 arcanes majeurs se retrouvent d’un jeu à l’autre. Le Bateleur est le Magicien, la Papesse devient la Grande Prêtresse, le Pendu reste le Pendu. Mais plusieurs différences méritent d’être connues.

  • L’ordre de la Force et de la Justice. Waite a inversé leurs numéros, ce qui l’arrangeait pour ses correspondances astrologiques. Le Marseille garde la Justice en VIII et la Force en XI.
  • Les noms. L’arcane XIII du Marseille traditionnel n’a souvent pas de nom écrit. Le Rider-Waite écrit « Death » sur la carte. La Maison Dieu y devient « The Tower ».
  • Les décors. Le Rider-Waite ajoute des symboles : lemniscate au-dessus du Magicien, soleil et enfant à cheval sur l’arcane XIX. Le Marseille reste plus sobre, et chaque détail a une signification que l’on débat encore.

Prenez le Mat du tarot de Marseille : un vagabond sans numéro, suivi d’un animal, bâton sur l’épaule. La version Rider-Waite place le personnage au bord d’une falaise, un petit chien à ses pieds, sous un grand soleil. Même figure, mais l’ambiance bascule : la seconde carte met en scène le saut dans le vide, la première laisse la question ouverte. Pour la Lune, arcane XVIII, on observe le même écart : deux chiens, une écrevisse, une tour dans les deux cas, mais le décor du Rider-Waite est plus dramatique.

Quel tarot choisir pour apprendre à lire les cartes ?

Voici mon avis tranché : si vous débutez et que vous voulez lire dès la première semaine, prenez un Rider-Waite. Les images font le travail de mémoire à votre place. La grande majorité des manuels en anglais et de nombreux jeux dérivés (Thoth mis à part) partent de cette base, ce qui donne beaucoup de ressources.

Je préfère pourtant le Marseille pour travailler sur la durée. Parce qu’il n’impose pas de scène, il oblige à regarder les couleurs, les positions, les regards, les rapports entre les cartes. On y gagne en finesse. On y perd de la rapidité au début.

Un repère simple :

  1. Vous aimez les histoires et les symboles : Rider-Waite.
  2. Vous aimez les images brutes et les combinaisons : Marseille.
  3. Vous voulez apprendre la numérologie des cartes : Marseille, car le nombre y est lisible sans écran d’images.

Les tirages se transposent sans difficulté d’un jeu à l’autre. Le tirage en croix celtique, par exemple, se pratique avec les deux, même si c’est plutôt un classique de la tradition anglophone, donc du Rider-Waite. Pour comparer les méthodes de travail, la rubrique Pratiques détaille la manière dont les praticiens s’organisent, et Comprendre donne les repères de vocabulaire.

Mon avis

Je ne crois pas qu’il y ait un « bon » tarot et un « mauvais » tarot. Les deux jeux décrivent le même chemin en 22 étapes. Ils n’emploient simplement pas la même langue : le Marseille parle par signes, le Rider-Waite par récits.

Je déconseille d’acheter les deux en même temps quand on débute. On mélange les noms, on inverse Force et Justice, on s’y perd. Choisissez un jeu, gardez-le quelques mois. Ma limite : je ne tranche pas sur le plus « puissant » ou le plus « juste ». Aucune source sérieuse ne le démontre, et ça dépend surtout de la façon dont chaque lecteur s’approprie les images. Lequel vous parle le plus quand vous le posez sur la table ? Commencez par celui-là.

Vos questions

Quel tarot est le plus ancien : Marseille ou Rider-Waite ?

Le tarot de Marseille est bien plus ancien : sa forme classique remonte aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le Rider-Waite date de 1909.

Peut-on faire les mêmes tirages avec les deux jeux ?

Oui. Les deux jeux ont 78 cartes et la même structure d'arcanes majeurs et mineurs. Les tirages s'appliquent donc à l'un comme à l'autre, seule la lecture des cartes diffère.

Pourquoi la Force et la Justice sont-elles inversées ?

Dans le Rider-Waite, Arthur Edward Waite a placé la Force en VIII et la Justice en XI. Le tarot de Marseille garde l'ordre traditionnel, avec la Justice en VIII et la Force en XI.

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