Samhain, Halloween, Toussaint : que dit la tradition ?
Samhain, Halloween et la Toussaint sont trois fêtes différentes qui se touchent sur le calendrier : la première est celtique, la deuxième chrétienne, la troisième en est une descendante tardive, passée par l’Irlande puis l’Amérique. Qu’elles soient parentes, presque personne ne le conteste. Qu’une seule ait été fabriquée pour effacer l’autre, les historiens en débattent encore.
Samhain, Halloween, Toussaint : les trois fêtes en un coup d’œil
| Fête | Origine | Date | Sens |
|---|---|---|---|
| Samhain (Samain) | Monde celtique | Fin octobre, début novembre | Fin de la saison claire, entrée dans la saison sombre |
| Toussaint | Église chrétienne | 1er novembre (le 2 : commémoration des défunts) | Honorer tous les saints, puis prier pour les morts |
| Halloween | Contraction de « All Hallows’ Eve » | 31 octobre | Veille de la Toussaint, devenue fête populaire |
Samhain : que sait-on vraiment de la fête celtique ?
Le mot gaélique signifie « la fin de l’été ». Dans les sociétés celtiques, l’année se coupait en deux : la saison claire s’ouvrait avec Beltaine, début mai, et la saison sombre avec Samhain. C’était le moment de rentrer les troupeaux, de compter les réserves pour l’hiver et de tenir de grands banquets.
Il existe une trace écrite côté gaulois, et elle est solide. En novembre 1897, un agriculteur met au jour à Coligny, dans l’Ain, environ 550 fragments de bronze : le calendrier de Coligny, daté du Ier siècle avant J.-C. Il mentionne les « trois nuits de Samonios ». C’est la forme gauloise de Samhain.
Pour le reste, les récits viennent de textes irlandais bien plus tardifs. On y lit que, durant cette période, les tertres des fées s’ouvraient pour laisser passer l’armée des Fées, et qu’à Samhain s’était livrée la grande bataille de Mag Tured entre les Fomore et les Tuatha Dé Danann. Ce sont des mythes, pas des comptes rendus de rituels.
Méfiez-vous des affirmations trop précises que l’on lit partout : « plus de 2 000 ans », « plus de 3 000 ans », « porte ouverte entre les morts et les vivants ». Les durées varient du simple au double selon les sites, et aucune source ancienne ne les établit. Ce qui tient, c’est la date charnière et la fête de passage.
La Toussaint a-t-elle remplacé Samhain ?
La chronologie chrétienne est mieux documentée, mais les sources se contredisent sur les noms de papes. Voici ce qui revient le plus souvent :
- 609-610 : le pape Boniface IV transforme le Panthéon de Rome en église dédiée à Marie et aux martyrs. La fête de tous les saints tombe alors le 13 mai.
- VIIIe siècle : Grégoire III dédie à Saint-Pierre une chapelle de tous les saints, dont la fête est fixée au 1er novembre à Rome.
- 835 : Grégoire IV étend cette date à l’Occident, avec le soutien de Louis le Pieux, fils de Charlemagne.
- 998 : l’abbé Odilon de Cluny institue la commémoration des fidèles défunts le 2 novembre. Elle entre dans la liturgie romaine au XIIIe siècle.
La thèse populaire dit que l’Église a posé une fête chrétienne sur une fête païenne pour l’absorber. D’autres historiens répondent que la Toussaint existait avant son déplacement, et que le monde romain avait ses propres fêtes des morts, comme les Lemuria, sans lien avec les Celtes. Une explication pratique circule aussi : en mai, les pèlerins venus à Rome manquaient de vivres, alors qu’en novembre les récoltes et vendanges étaient faites.
Je ne tranche pas entre ces lectures. Les trois peuvent être vraies en même temps : une date commode, un calendrier agricole, une envie de christianiser. Les sources dont je dispose ne permettent pas d’isoler l’intention d’un pape du IXe siècle.
D’où vient le mot Halloween ?
De « All Hallows’ Eve », la veille de la fête de tous les saints. Le nom est donc chrétien avant d’être celtique. La structure des coutumes (feux, déguisements, visites de maison en maison) vient en revanche d’usages dérivés de Samhain en Irlande et en Écosse.
La version que nous connaissons est américaine. Elle s’est installée avec l’immigration irlandaise et écossaise, puis s’est répandue par l’imprimé et l’adaptation locale. Une ligne droite qui irait des druides à la citrouille, c’est une jolie histoire, mais les spécialistes n’y voient pas une filiation ininterrompue.
En France, la fête est arrivée tard et reste surtout commerciale. La Toussaint, elle, a gardé son poids : le 1er novembre est férié depuis 1802, et l’usage s’est fixé de se rendre au cimetière ce jour-là plutôt que le 2. Les bougies et lumignons sont une coutume multiséculaire. Les chrysanthèmes sur les tombes datent du XIXe siècle.
Que dit la tradition des morts, des signes et de la divination ?
Là, il faut rester précis. La tradition celtique associe cette période aux ancêtres et à l’autre monde. La tradition chrétienne y met la prière pour les âmes du purgatoire. Aucune des deux ne livre de mode d’emploi divinatoire daté et sourcé que je puisse vous citer. Les « rituels de Samhain » vendus aujourd’hui sont des constructions modernes, wiccanes ou néopaïennes surtout. Elles ont leur valeur personnelle, mais ce ne sont pas des témoignages d’époque.
Ce que l’on peut dire sans forcer : le seuil entre deux saisons attire les images de passage. Le tarot en offre quelques-unes, comme l’arcane XIII, la Mort, qui parle de transformation plus que de décès, ou la Lune, arcane XVIII, liée à la nuit et à l’inconscient. Pour les songes de cette période, les rêves prémonitoires ont aussi leur tradition. Et si l’on parle de défunts, autant savoir que voyance et médiumnité ne sont pas la même chose. Pour élargir, la rubrique Comprendre réunit d’autres repères.
Mon avis
Je préfère ne pas opposer ces trois fêtes. Celui qui veut « revenir au vrai Samhain » se heurte à un manque de sources : le seul document gaulois est un calendrier de bronze. Celui qui réduit Halloween à une invention de supermarché oublie qu’elle porte un nom chrétien et des coutumes celtiques.
Je déconseille les articles qui affirment sans nuance que l’Église a volé la date. L’hypothèse est plausible, elle n’est pas prouvée, et les historiens le disent eux-mêmes. Je garde la version prudente : une date de passage ancienne, une fête chrétienne déplacée au IXe siècle, une veille devenue carnaval.
Si vous cherchez un geste simple en cette période, allumer une bougie pour un proche vaut autant que n’importe quel rituel reconstitué. Là-dessus, ça dépend surtout de ce que vous voulez honorer, et ce choix vous appartient.
Vos questions
Quelle est la différence entre Samhain et Halloween ?
Samhain est une fête celtique de passage à la saison sombre, attestée en Gaule par le calendrier de Coligny. Halloween vient de « All Hallows' Eve », la veille de la Toussaint, et a pris sa forme actuelle en Amérique avec l'immigration irlandaise et écossaise.
Pourquoi la Toussaint est-elle le 1er novembre ?
Rome fêtait d'abord tous les saints le 13 mai. Grégoire III a retenu le 1er novembre au VIIIe siècle, puis Grégoire IV a étendu cette date à l'Occident en 835. Que la date vise à remplacer Samhain reste débattu.
Quelle est la différence entre la Toussaint et le jour des morts ?
Le 1er novembre honore tous les saints. Le 2 novembre commémore les fidèles défunts, une fête instituée par l'abbé Odilon de Cluny en 998. En France, on se rend au cimetière le 1er, car c'est le jour férié.
Chana écrit pour voyanceenligne.ch : Les arts et pratiques divinatoires.